« Les obstacles sont nombreux et multiples »

Sophie Jumeau, ergothérapeute et instructrice de locomotion à l’Institut d’éducation sensorielle de Metz (IES).

Quels sont les principaux obstacles dans la ville de Metz ?

« Ils sont tellement nombreux et multiples. Pour les déficients visuels, il y a le mobilier urbain très présent, les lampadaires, les panneaux de signalisation, les terrasses de café, les poubelles. Les voitures en stationnement sauvage. »Metz est-elle une ville bien équipée ?

« Il y a des progrès envisagés, tel que l’équipement des feux tricolores de feux sonores. Toutes les traverses du Mettis sont équipées, les grands carrefours également. Mais ça se raréfie au niveau des zones complexes, les grandes places telles que République, Saint-Louis, où il n’y a plus de repères. Des aménagements sont faits mais apportent des difficultés. Place de la République par exemple, le long de la Banque de France, les voitures roulent sur le trottoir. Il y a trois arrêts. Quand les personnes en descendent, elles ne savent pas si elles sont en zone piétonne ou en zone réservée aux voitures. »Joachim nous disait qu’il y avait peu de jeux de société adaptés ?

« Effectivement, il faut s’adresser dans des endroits spécialisés. Mais il y a moyen de faire autrement, j’utilise des jeux grand public que je modifie : des plateaux de jeu, des cartes que je passe à la Perkins (machine à écrire en braille). Il s’agit de réfléchir avec les enfants, de s’adapter, de faire preuve d’imagination. Dans notre institut nous accompagnons les parents. »L’accès à la culture est très difficile, comment améliorer les choses ?

« Peut-être en ayant une meilleure connaissance de la déficience sensorielle. Il y a en France une difficulté à comprendre le handicap de l’autre. Dans les pays Scandinaves, anglophones, les personnes sont plus avenantes. Ici les gens ne savent pas comment réagir, par méconnaissance. »

La loi de 2005 en faveur de l’intégration scolaire n’a pas amélioré ces regards ?

« Nous n’avons pas assez de recul. Peut-être la future génération sera plus sensibilisée au handicap. Mais on constate encore un réel malaise à aider une personne en situation de handicap. Il faut comprendre qu’avant on était dans des milieux où il y avait l’école ordinaire et l’école spécialisée. »

Comment lutter face aux regards des autres ?

« En sensibilisant de manière ciblée, intelligente. Après, c’est aussi une question d’éducation. Ça fait partie de la sensibilité. Il faut apprendre à connaître pour appréhender le monde du handicap, que ce soit dans l’Éducation nationale comme dans les associations. »Quelles sont les solutions pour adapter les parcs pour enfants ?

« C’est vrai que pour une société inclusive, il y a beaucoup d’obstacles. Dans un parc pour enfants, il y a différents revêtements de sol, des rebords, des dévers, différents niveaux et des obstacles en hauteur, c’est compliqué. Il faudrait des protections, éviter les changements de sol, préférer les mêmes niveaux et promouvoir les contrastes de couleur. Il faudrait des plans tactiles pour repérer les différentes zones. »

Il y a encore beaucoup à faire !

« Beaucoup à réfléchir avant de faire. Exemple à Metz, les espaces de rencontres entre les vélos, les piétons et les voitures. Les zones 20, ça paraît être une solution prioritaire pour les piétons et finalement il a fallu rajouter des plots en plastique pour délimiter les zones de circulation. Il faut réfléchir avec les usagers, les professionnels de l’environnement urbain et les spécialistes qui ont une connaissance de la déficience. »

Vous faites une différence entre déficience et handicap ?

« Le handicap apparaît quand l’environnement crée un obstacle. La personne devient en situation de handicap car elle dépend toujours de quelqu’un, sinon elle est en position de déficience. »

Propos recueillis par Anne RIMLINGER

Publié le 20/02/2020

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