Actu’PEP – Septembre 2018

LES ORIGINALITÉS MOSELLANES EN MATIÈRE DE VIE ASSOCIATIVE (*)

Le département de la Moselle est connu pour ses spécificités, notamment au regard de son histoire et de ses particularismes (annexions, régime concordataire, droit local…).

Mais une particularité, que l’on pourrait parfois citer en exemple, concerne les originalités mosellanes en matière de vie associative.

Mais les liens unissant une partie du monde associatif mosellan vont bien au-delà…

Rappelons tout d’abord quelques dates jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale (*)

PériodeSur le plan nationalPériodeEn Moselle
1866Jean Macé crée la Ligue de l’Enseignement à Beblenheim (Alsace).1867Le Cercle Messin de la Ligue de l'Enseignement se constitue. Dès 1868, ce cercle est attaqué par l’Evêché à propos des cours du soir féminins.
1881

1894



1911
Les lois scolaires.

Marc Sangnier crée le Sillon, point de départ des mouvements de jeunesse catholiques et des auberges de jeunesse.
La CGT naît en 1895.

Naissance des Eclaireurs de France.
De 1871 à 1918La Moselle annexée par l’Allemagne perd son élite libérale et républicaine et subit une germanisation de plus en plus poussée.
Pourtant, des sociétés de musique et de gymnastique, souvent appuyées par une partie du clergé local, s'emploient à maintenir le souvenir français.
De 1918 à
1925

1936
Floraison d'Associations : Les Pupilles de l'Ecole Publique, la JOC, les Scouts Catholiques, les Guides, la JAC, la Fédération des Auberges de Jeunesse...

Les Congés Payés, les Clubs Léo-Lagrange, les Colonies de Vacances, les CEMEA, l'UFCV, les Ciné-Clubs…
De 1918 à 1940La quasi-totalité des associations sont confessionnelles, notamment les patronages.
A noter en 1937, la naissance de l’Association Mosellane d’Organisation de Loisirs (AMOL), fédération catholique des Foyers de Jeunes et Colonies de vacances, qui conservera un monopole de fait jusqu’en 1950.
De 1941 à 1944Interdiction de tous les mouvements et associations. Nombreuses dissolutions et spoliations en zone occupée. En zone libre, les cadres de l’école d’Uriage, des chantiers de Jeunesse et du scoutisme, souvent mêlés aux militants politiques et syndicaux dans la Résistance, vont constituer l’encadrement des Mouvements de Jeunesse et d’Education Populaire et des Services de Jeunesse et Sports.De 1940 à 1944La Moselle est vidée de sa population de langue française, expulsée du département.
Après 1946Explosion des mouvements et Associations. Le scoutisme décuple le nombre de ses adhérents.
Mise en place des FOL, UFOVAL, UFOLEA…
Après 1946Les Eclaireurs de France apparaissent comme le seul mouvement de jeunesse laïque mixte en Moselle. L'Association Départementale de « L’Œuvre des Pupilles de l’Ecole Publique » et la Fédération métallurgiste CGT créent les deux premières colonies de vacances non confessionnelles à Etival et à la Petite-Pierre.
La Ligue de l’Enseignement s’installe en 1948 mais se heurte à l’opposition du SGEN-CFTC (majoritaire à 75%) et du Conseil Général. En 1951, la Ligue est interdite de séjour dans les établissements scolaires de Moselle du premier degré à la demande de l’évêché.
Deux Fédérations d’éducation populaire montent en flèche : les MJC et Culture et Liberté.

Dès 1946, « l’Association des Pupilles » prend pied en Moselle, avec une réelle présence dans les écoles du fait notamment de la présidence départementale assurée par les Inspecteurs d’Académie successifs.

Son intervention concerne pour l’essentiel les secours individuels, tellement nécessaires à l’époque, et les séjours en Colonies de vacances, à ETIVAL, dans le centre acheté à la fin de l’année 1948. De nombreux militants locaux mettent en œuvre au quotidien la valeur historique de solidarité portée par les PEP.

La Moselle, en 1951, est le seul département où la Ligue de l’Enseignement est proscrite des écoles publiques primaires. Le Statut Scolaire local maintient par ailleurs le régime confessionnel de ces écoles publiques, où la prière et l’enseignement de la religion sont alors obligatoires !

Expulsée du secteur scolaire, la FOL maintient ses liens avec l’Ecole par l’intermédiaire de l’USEP et des PEP. Elle va développer également son secteur UFOVAL en plaçant des enfants dans les Colonies d’autres départements et en ouvrant, en 1953, le Centre de Vacances de Xonrupt.

Hors de l’évolution des associations proches de l’école, les associations et mouvements de jeunesse de Moselle entamèrent de 1946 à 1958 une spectaculaire progression. L’afflux des jeunes adhérents ne posait aucun problème de recrutement. Les locaux, les moyens techniques et la formation des cadres réclamaient des trésors de recherche et d’innovation.

Dans un département sinistré, ravagé et sans structures d’accueil, tout était à bâtir : il fallait agir vite et … ensemble !

La mise en place des Conseils Régionaux de la Jeunesse, ressentie comme une menace d’encadrement des mouvements de Jeunes, déclencha en Moselle un processus de regroupement vers 1961. Autour d’un noyau de responsables issus des associations se constitua le Carrefour des Organisations de Jeunesse en Moselle (le « COJM », qui deviendra plus tard le « COJEP »), regroupant la totalité des 32 associations existantes dans le département.

Le Bureau du COJM devait rapidement constituer l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en matière d’équipements socio-culturels au sein :

  • Du Conseil Social et Culturel mis en place par la CAF de Moselle (l’une des caisses les plus riches de France), organisme de réflexion, d’étude, de proposition et d’aide à la gestion des associations socio-culturelles
  • De la Commission Départementale du Plan et de l’Equipement
  • Du Conseil Régional de la Jeunesse
  • De la Commission Municipale de la Jeunesse de la Ville de Metz.

 

En 1963, le Bureau du COJM se constituait en Association Départementale d’Education Populaire et de Plein Air (ADEPPA) pour créer un Centre de Formation permanent des Cadres de toutes les associations à VIGY.

Vers 1964, le Bureau du COJM et les Associations Familiales mosellanes créaient à Metz la COJFA (Cogestion-Jeunesse-Familiale) pour gérer ensemble, notamment, la Maison des Associations concédée par la Ville en plein centre, siège social de nombreuses associations en plus des salles de réunion et d’exposition.

Dans les locaux de la COJFA (toujours situés au 1 rue du Coëtlosquet à Metz) viendront notamment s’implanter l’Ecole des Parents puis le Planning Familial, lancés en Moselle avec l’appui des associations laïques.

 

Les tourments de l’histoire ont contribué à souder des liens entre les associations, notamment celles issues de la mouvance laïque, dans un département fortement marqué par le poids des institutions confessionnelles. C’est ainsi que, jusqu’au déménagement des PEP57 au Technopôle en décembre 2013, puis de la Ligue de l’Enseignement à la Grange aux Bois à l’automne 2016, les locaux du « 3 rue Gambetta » à METZ ont constitué pendant plusieurs décennies le lieu commun d’implantation de nombreuses organisations (PEP – FOL – FEN puis FSU – SNI-Pegc puis SNUipp – SE-UNSA – FCPE…) partageant les mêmes valeurs, et souvent constituées des mêmes militants.

Durant la seconde moitié du XXème siècle, ce sont ces militants historiques de nos différentes organisations qui ont créé, développé, dirigé ou se sont fortement impliqués dans d’autres organisations liées au milieu de l’Education Nationale, contribuant ainsi à la préservation de nos coopérations.

Si, depuis plus d’1/2 siècle, le maintien du Service commun FOL-PEP en est la résultante la plus visible et la plus emblématique, un autre symbole de ces relations élargies demeure à travers le calendrier commun diffusé chaque année dans les établissements scolaires mosellans et auprès des personnels. Intitulé « Les œuvres mutualistes de l’Education Nationale vous souhaitent une bonne année scolaire », il regroupe à ce jour les logos des PEP57, de la Ligue de l’Enseignement de Moselle, de l’Autonome de Solidarité Laïque, du Crédit Mutuel Enseignant, de l’OCCE et de la MAE. D’autres pourraient encore nous rejoindre…

Evidentes pour nous, ces relations sont souvent regardées avec un mélange contradictoire de suspicion et d’envie par nos instances nationales… Comment peut-on en effet, en Moselle, travailler ensemble, alors qu’ailleurs certaines de ces organisations souvent s’ignorent et parfois se concurrencent ?

Au-delà de la « spécificité mosellane », assumée et revendiquée, nous continuerons à mettre en avant l’intérêt commun, parce que ce qui nous rassemble est bien plus important que les points de divergence !

Certains pourraient s’inspirer de cet « exemple » mosellan qui, au regard des résultats positifs obtenus dans un contexte de plus en plus contraint, aurait vocation à essaimage…

Le mouvement associatif et mutualiste doit se renforcer face aux évolutions des politiques publiques et à la concurrence du secteur marchand, en attente de « ramasser les miettes » d’un affaiblissement de ceux qui portent les valeurs de solidarité et de justice sociale. Il faut donc inlassablement renoncer à la facilité du repli sur soi ou de l’isolement et surmonter les difficultés inhérentes à tout partenariat. Car si « tout seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin »…

 

(*) Le titre de cet article et certains éléments historiques figurant dans le tableau et le texte ont été empruntés à un document écrit par André PROCHASSON, né en 1923, et militant de la première heure de la Ligue de l’Enseignement et de l’Education Populaire.

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