Moya AGUI – Responsable de l’Accueil Familles

Depuis combien de temps travaillez-vous aux PEP ?

Depuis novembre 2011.

 

Quel diplôme faut-il avoir pour exercer ?

En priorité, il faut avoir fait de l’animation !

Mais en terme de diplôme, il est nécessaire d’avoir une Licence Professionnelle axée sur le social, un DUT Carrières Sociales, un Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé ou un Diplôme d’Etat de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport (DEJEPS).

 

Quel est votre parcours professionnel avant les PEP ?

A la base, je suis secrétaire médicale. Il y a bien longtemps, j’ai réalisé un super stage à Strasbourg dans un cabinet de médecins. Tout se passait bien et un poste était vacant. J’ai donc demandé naturellement si je pouvais avoir le poste, car mes capacités et mon travail avaient été salués à plusieurs reprises. J’étais donc confiante. Malheureusement à cause de mes origines ivoiriennes, le poste m’a été refusé. La raison évoquée par le médecin a été que ses patients n’étaient pas encore prêts à être reçus par une personne comme moi ! Attristée, cela m’a écœurée du métier, et j’ai décidé de passer un nouveau diplôme.

Je suis devenue travailleuse familiale, diplôme que j’ai passé à l’IRTS, aujourd’hui plus connu sous le nom de technicienne familiale. Je faisais des interventions auprès des familles en grandes difficultés. Je les emmenais à l’hôpital, je m’occupais de leurs courses, de leurs papiers, etc.

Par la suite, j’ai pu intervenir en médiation sociale, en gérant des conflits familiaux ou dans les écoles, en faisant du soutien à la parentalité à la fonction parentale.

Et puis, j’ai souhaité de nouveau changer d’horizon. Mon diplôme de travailleuse sociale, et mon BAFA en poche, j’ai commencé à travailler à l’AMOL (Association Mosellane d’Organisation de Loisirs) à Metz. Je m’occupais d’enfants en accueil de loisirs ou en séjours vacances. J’y ai été animatrice puis directrice de colonie. Cela me plaisait, mais l’association a fermé en 2005.

Après cette fermeture, nouveau déclic, j’ai décidé de continuer à me former et de repartir sur les bancs de l’école ! J’ai donc passé mon BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport) en 2008, puis mon DEJEPS (Diplôme d’Etat) spécialité « animation socio-éducative et culturelle » en 2011.

En parallèle de mes études, j’ai commencé à travailler à l’AJB (Association des Jeunes de Borny) où je suis restée de 2007 à 2011. Mais l’association a fermé et nous avons été licenciés économiquement.

C’est alors que les PEP57 m’ont recrutée suite à un contact avec la Mairie de Metz qui avait donné mes coordonnées à plusieurs associations.

J’ai alors commencé à travailler pour l’association, dans le cadre de l’accompagnement à la scolarité, en faisant du SUQE (Solidarité Université Quartier Ecole).

En 2012, l’Accueil Parents-Enfants (aujourd’hui Accueil Familles) a ouvert, et on m’a nommée Responsable de cette structure.

 

Comment s’est passé l’ouverture de l’Accueil Familles ?

La Directrice du Pôle Education, Loisirs et Solidarités de l’époque avait eu l’idée de l’Accueil Parents-Enfants depuis longtemps et j’avais déjà travaillé dans ce genre de structure. Notre collaboration était donc logique.

L’Accueil a été créé en fonction des besoins des familles, des enfants et du quartier.

Les PEP étaient présents dans les écoles mais les parents, eux, ne pouvaient pas se rassembler, échanger, se former. Nous avons donc trouvé judicieux de créer ce lieu.

Le projet a été entièrement monté de A à Z, par l’association des PEP57 mais j’ai énormément apprécié d’avoir été associée dès le début pour rendre ce lieu unique.

 

Quels sont vos activités et vos projets à l’Accueil Familles ?

Nos activités sont très variées !

Nous sommes très axés sur la parentalité, au quotidien nous aidons les parents, nous les soutenons dans leur rôle. Nous sommes là pour les encourager. Les parents ne sont pas démissionnaires, ils sont seulement dépassés et nous sommes là pour les guider, nous les aidons à reprendre pied, à reprendre confiance en eux.

Nous mettons en place de l’accompagnement à la scolarité pour les élèves d’école élémentaire. Nous sommes ravis de ce dispositif dans lequel les parents s’impliquent de plus en plus.

Nous faisons également des ateliers de langue française pour les parents, dans lesquels ceux-ci sont très assidus.

Tous les jeudis, les parents se retrouvent pour échanger de sujets liés à la parentalité, temps que nous appelons « Pause-Parents ». Les parents sont entre eux. Je suis présente pour réaliser de la médiation en cas de besoin.

En plus de ces Pause-Parents, une fois par mois, une psychologue des PEP57, se rend à l’Accueil Familles pour réaliser un groupe de paroles pour les parents. Au départ, frileux, ces échanges se sont vus très bénéfiques pour les familles.

Depuis octobre 2017, nous avons créé le café MixiT. Il s’agit d’un temps d’accueil et de rencontres dans lequel les familles peuvent venir discuter entre elles de tout et de rien. C’est un moment de détente.

Egalement en octobre 2017, nous avons monté le Projet Fémini’thé. Il s’agit d’un moment d’échanges et d’informations sur les droits des femmes, et la lutte contre les préjugés.

Un autre projet qui nous tient particulièrement à cœur est le projet d’écriture et de récit de vie avec Wejdan NASSIF. C’est un projet dans lequel, chacun retrace le parcours qu’il a connu dans l’exil. Syrien, irakien, sénégalais ou marocain, tous ont une histoire à raconter, un message qu’ils souhaitent partager. Ligne après ligne, des instants de vie se dessinent : les retrouvailles d’un couple séparé depuis de trop nombreuses années, un amour tout particulier pour les chats, la reconquête de l’indépendance à travers le travail, etc. Tous ces témoignages ont été regroupés, rédigés et traduits par Wejdan NASSIF, elle-même réfugiée syrienne.

Nous organisons également, un mercredi par mois un petit déjeuner des parents au sein des écoles. Encore un moyen pour les parents de se réunir !

Depuis cette année, nous avons également des formations au « massage bébé », qui sont très appréciées des parents et des bébés !

Pour rester avec les bébés, nous réalisons aussi un projet de berceuses. Les mamans se sont réunies pour créer ensemble un CD de berceuses.

Dans les nouveautés, nous allons organiser cet été un séjour familles. Les préparatifs sont en cours. Nous accompagnons les familles dans les démarches administratives pour trouver des établissements. Deux lieux se sont démarqués : certaines familles partiront à Valras et d’autres, moins prêtes à supporter autant de route, partirons en vacances à Vic-sur-Seille. Mais peu importe le lieu, ce qui est important, c’est le dépaysement, les changer de leur quotidien.

Ce qui est également nouveau, et nous en sommes fiers, ce sont des cours de couture. Cet atelier est important car il est à l’initiative des parents. Ce sont les mamans qui ont voulu le faire et ce sont elles qui le dirigent. C’est super, cela montre leur implication et le changement que l’Accueil a pu avoir sur certaines familles.

Enfin tous les ans, nous participons à la Journée des droits des femmes, à la journée des droits des enfants ainsi qu’au Printemps des familles.

 

Avec tout cela, y a-t-il encore des projets que vous souhaiteriez mettre en place dans les prochains temps ?

Depuis le Printemps des familles qui vient d’avoir lieu, nous souhaitons développer le théâtre forum, mais également le théâtre de marionnettes car cela a très bien été reçu par les familles.

Nous souhaiterions aussi continuer notre projet en lien avec les stéréotypes et les clichés, sur les femmes, les nationalités et les réfugiés. Nous aimerions réaliser un livre sur les préjugés, car c’est un sujet très important et nous aimerions l’aborder davantage avec les enfants.

Et enfin, je reviens d’une formation MISP (Massage dans les écoles pour les enfants de 4 à 12 ans), dans laquelle j’ai obtenu ma certification. Nous réfléchissons avec Adeline CICERO, Coordonnatrice Enfance, Jeunesse, Familles aux PEP57, à mon intervention au sein des périscolaires de Metz pour mettre en pratique cette activité. Il s’agit de former les enfants à se masser entre eux. Cela a des bienfaits sur les enfants et une solidarité s’installe.

 

Quelle serait une journée type à l’Accueil Familles ?

En général, les journées se déroulent ainsi :

Matin : Atelier de français

De 14h à 15h45 : Atelier de couture, aide administrative ou groupe de paroles

De 15h45 à 17h45 : Accompagnement à la scolarité

De 17h45 à 18h : Ménage (pour moi !)

 

Combien d’enfants se rendent sur votre structure ?

Dans le cadre de l’accompagnement à la scolarité, nous en suivons 30.

Mais, lorsqu’il y a des activités liées à la parentalité, les parents viennent avec les enfants, donc cela peut être beaucoup plus important.

 

Combien d’adultes se rendent sur votre structure ?

Nous avons de 180 à 190 parents par an. D’une année sur l’autre il y a des parents qui reviennent mais il y a régulièrement de nouvelles familles. Cela dépend des activités et l’accueil fonctionne beaucoup avec le bouche à oreille. C’est super à voir, les parents se sentent de plus en plus en confiance, ils peuvent toquer pour juste boire un café, ils ont besoin d’un lieu pour discuter, sortir de la maison, avoir un lieu d’écoute, d’échange, et on a su leur apporter.

 

Travaillez-vous avez des partenaires ? Si oui, lesquels ?

Oui, nous travaillons avec la CAF, le Conseil Départemental, l’Education Nationale, le CCAS, la Maison d’Anjou, la Passerelle, le Comité de Gestion de Borny, la Puce à l’Oreille, Contact 57, les écoles maternelles et élémentaires de Borny et la ville de Metz.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant vos 6 années à l’Accueil Familles ?

Au départ, c’est nous qui montions les projets. Et maintenant ce sont les parents qui s’impliquent ! C’est super. Non seulement, ils s’impliquent mais ils ont créé un comité des parents ! Nous avons de plus en plus de bénévoles.

Nous avons changé aussi le fonctionnement de l’accompagnement à la scolarité. Les parents sont obligés d’être présents. Mais aujourd’hui, ils viennent volontairement, ce n’est plus une contrainte. Les enfants sont mêmes fiers de voir que les parents sont présents, les accompagnent. Cela les soude.

Et enfin, notre fierté qui montre que nous avons fait évoluer les mentalités, c’est que nous recevons enfin des papas ! Et pour nos ateliers de français, non seulement nous avons des hommes mais nous avons également des personnes extérieures à Borny (le Sablon, Bellecroix, la Grange aux bois, le Centre-Ville).

 

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre vie au sein des PEP57 ?

En 2008, bien avant mon arrivée aux PEP57, j’avais acheté un ticket de tombola PEP57 aux enfants de l’école Barrès. Les enfants m’ont présenté l’action comme étant un projet de l’association qui a lieu tous les deux ans et qui permet de récupérer des fonds pour les enfants en difficulté.  Ils m’ont demandé si je connaissais l’association. Je leur ai répondu que non mais qu’un jour j’y travaillerai : il faut avoir de l’ambition dans la vie ! Et 3 ans après, j’ai été recrutée. Et pour accentuer l’anecdote, j’ai retrouvé mon ticket il y a quelques jours !

 

Pour finir, que vous manque-t-il aujourd’hui dans votre fonction pour que tout soit parfait ?

Un local plus conforme. Malheureusement, il n’est pas adapté à tout public et certains endroits, comme nos escaliers, peuvent être dangereux. Si nous sommes dans les commandes, il est vrai qu’un deuxième ordinateur serait idéal pour nos stagiaires ou pour Wejdan afin qu’elle puisse travailler sur ses projets car il est difficile de travailler à deux sur un même ordinateur !

Et enfin, c’est plus personnel, mais comme j’adore me former, je dirais obtenir mon diplôme de médiatrice sociale. En effet, pour que mon poste continue à se pérenniser je dois repasser un diplôme dans la médiation et j’adorerais devenir médiatrice sociale (et non pas familiale). Seulement, je n’ai trouvé cette formation qu’à Marseille et je ne suis pas prête de quitter mon quartier !

TOP